Predalia's Hive

Jeu de rôle online sur l'univers AvP. Incarnez un Alien, un Predator ou un Humain que vous ferez progresser sur différentes planètes.


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Rengagez-vous qu'ils disaient

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1 Rengagez-vous qu'ils disaient le Ven 30 Juin - 18:09

- Ce qu'il est mignon quand il dort.

Hein ? Quoi ? Putain mais... il est quelle heure ? Je dormais pourtant bien peinard, qui est le con venu me déranger ? C'est tout juste perceptible à cause de l'absence de lumière, mais ça ressemble au sergent ça. Avoir un gradé dans sa piaule, c'est déjà pas la joie, mais quand en plus le loustic est réputé dans toute la section pour être un inverti de première, ça fait son petit effet. Et je parle pas du genre d'effet qui fait guili dans le ventre avec le cœur qui bat à la chamade, plutôt le genre à filer la chiasse et foutre en rogne.

- Qu'est-ce que vous foutez dans ma chambre ?

Discipliné, je le suis. Cela dit, j'attends un minimum de la part de la hiérarchie pour que je reste docile et poli. Ce minimum inclut de ne pas faire irruption là où je dors à moins d'une extrême urgence. Que je sache, il n'y a aucune alarme qui sonne dans la station, pas de loupiotes rouges qui foutent la trouille. Non, y'a juste moi dans mon pieu et ce con de Bersky, jambes croisées, paisiblement installé dans un siège qui me fait face.
J'ai beau avoir le sommeil léger, je l'ai pas entendu entrer. Putain que j'ai horreur de ça quand on me la fait à l'envers dans le genre furtif. À bien y réfléchir, c'est l'odeur sa cigarette qui m'a réveillé. Autrement, Dieu sait combien de temps cette ordure aurait continué à me mirer pendant que j'avais les yeux fermés.

- Et puis c'est interdit de fumer ici... Foutez-moi le camp.

Il sourit. Je le vois pas, y'a aucune lumière d'allumée, mais je le sens : il vient de sourire. D'habitude, les sous-officiers c'est des brutaux, des sanguinaires, des grandes gueules. Leur boulot c'est de nous pousser au cul, alors forcément, les gars sont dotés pour. Mais un comme Bersky, c'est la première fois que j'en croise.
Svelte, pas bien grand avec ses cheveux courts peroxydés, il a le visage d'un ange. Un ange qui aurait bouffé un démon. Je dis pas ça parce qu'il est de la jaquette, enfin pas que, mais il y a quelque chose de glaçant chez lui. Paraît qu'il a quarante berges, je lui en donnerai quinze de moins, jamais un mot plus haut que l'autre et surtout... ce sourire. Quand il sourit, et ça arrive plus souvent que je le voudrais, il suinte le vice, c'est généralement annonciateur de tout un merdier. Et là, je le sens, je le sais : il a sourit.

- Nous avons eu un changement d'itinéraire.

Je perçois juste cette fumée qui lui échappe d'entre les lèvres. Un changement d'itinéraire ? Franchement c'est bien sérieux ? Si je suis entré dans la marine c'est parce que j'aime encore que tout soit carré, alors les facéties de ce genre à trois heure du matin, je m'en passe volontiers.

- Et j'imagine que le changement d'itinéraire veut qu'on atterrisse bientôt ?

Son sourire reste figé. Je le vois un peu mieux maintenant avec la lueur de sa clope.
Quand faut y aller, faut y aller. Je me sors du plumard, j'enfile mon futal et ma chemise à la hâte sans boutonner ni l'un ni l'autre.
Le sergent m'imite et se lève à son tour pour me tendre ma casquette. Maintenant que je le vois de plus près, je vois ses yeux. Ils sont d'un bleu, c'est pas permis. Tout bleus qu'ils sont, je les ai jamais vus comme ça. Ce gars, je le connais depuis trois ans, à voir sa gueule tous les jours du matin au soir, parfois du soir au matin durant les missions nocturnes, j'ai fini par un peu piger à qui j'avais affaire. Mais son regard, c'est la première fois que je le vois comme ça. Il me tape toujours sur les nerfs d'habitude, facétieux, voire même carrément vicieux, là, je le retrouve comme en demi-teinte. C'est peut-être l'obscurité qui veut ça.

Sans rien ajouter, il fait une petite moue en grimaçant des lèvres et il me tourne le dos avant de filer alors que j'engonce le bas de ma chemise dans mon pantalon. S'il est venu dans ma chambre, c'est pas juste pour me provoquer ou me regarder dormir. Bersky, il avait quelque chose à me dire, et ça devait être sérieux.
Aussi sérieux que ce soit, faudra que ça attende le petit-déj.

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2 Re: Rengagez-vous qu'ils disaient le Ven 30 Juin - 18:11

Le petit-déjeuner sur la station BR-412, c'est à vous faire regretter de s'être levé. À vous faire regretter d'être pourvu d'un estomac même. Deux semaines que la garnison est arrêtée ici, on a fini par se laisser aller à la routine. On arrive avec notre petit plateau - un truc en plastique qui doit dater d'avant ma naissance - on fait la queue, bien ordonnés, et là, on vous met une louche de... je sais pas ce que c'est. J'ose même pas demander. J'aimerais dire que c'est de la bouillie, mais c'est même pas assez consistant pour en être. Une flaque. Voilà, c'est ça, c'est une flaque. La couleur varie selon les jours.

Quand on a plissé le nez la première fois les gars et moi, on nous a dit qu'on avait tort, que c'était plein de protéines et donc bon pour nous. J'avais l'impression d'entendre ma mère. À l'écouter, tout ce qu'elle cuisinait, ça ne pouvait être que bon pour moi. Et pourtant, ça empêchait pas sa bouffe d'être infecte.
Là au moins, on peut pas reprocher à la pitance d'avoir mauvais goût, parce que du goût, j'ai bien cherché, j'en ai pas trouvé. Mais à chaque jour suffit sa peine paraît-il, donc on mange. Quelle idée d'avoir des avaries à proximité d'une station où la cuisine est si merdique.

D'après ce qu'on m'a dit, les réparations de notre Altesse, ça fait un bail qu'elles sont terminées. Mais malgré tout on a reçu des ordres comme quoi on devait rester là parce que... parce qu'on est des pauvres cons de marine et qu'on doit obéir sans demander pourquoi.
On n'est pas nombreux dans le réfectoire à cette heure-ci. Y'a que notre garnison en fait. C'est marrant de voir tout le monde traîner des pieds et tirer la gueule comme ça. On n'est pas du matin par chez nous, encore moins quand il est même pas quatre heure.

Au fond tant mieux. Comme ça tout le monde ferme sa gueule. Quitte à manger ou plutôt boire quelque chose qui ressemble à un résidu de chiottes, autant le faire en silence.
Je vais m'asseoir à ma table, il reste une place de libre sur les six prévues. Je retrouve le sergent qui a pas l'air d'avoir très faim, et autour y'a ma bande.

- Putain Inès comment tu fais pour bouffer ça avec tant d'entrain ?

Grosse comme elle est, à frôler le quintal, j'imagine qu'elle se plaît à entretenir sa mauvaise graisse. Elle se contente de me faire un doigt d'honneur entre deux pelletée de cette merde infâme qu'elle engouffre entre ses grosses lèvres gercées. Quand je pense au sergent qui nous l'a imposée pour des raisons de quotas, j'ai envie de lui casser la gueule à lui aussi chaque fois que je croise cette truie rousse. "Ça nous fera pas de mal une présence féminine" qu'il nous avait dit avec ce petit sourire dont on aurait dû se méfier déjà. Connard va.
Tiens, d'ailleurs il sourit plus. Il joue depuis tout à l'heure avec sa cuillère en plastique, les yeux perdus dans le vague.

- Le prends pas mal son doigt d'honneur José, c'est juste qu'on lui a appris à pas parler la bouche pleine. Elle communique par langage des signes. Chaque fois qu'elle me pompe le nœud j'ai droit au même traitement.

Quelle horreur. Rien que m'imaginer insérer quoi que ce soit dans la bouche de cette grosse dinde, ça me fout encore plus des hauts-le-cœur que ce que je suis en train de manger. Je m'arrête même un instant. Déjà que j'avais un appétit précaire, ce con de Lee vient de me le couper pour de bon. Et ça le fait rire, admettons-le, ça me fait rire aussi, ça nous fait tous marrer plus ou moins. Nous autres marines, il nous en faut pas plus.

- J'ai un trop gros appétit pour boulotter un dard aussi microscopique que le tient mon pauvre Lee.

Et très vite ça tourne au concours de répartie grivoise. Y'a guère qu'en causant de cul qu'on peut compenser de pas pouvoir tirer notre crampe autant qu'on le voudrait. En un sens l'abstinence nous a presque rendu poétiques. Pendant qu'on s'invective les uns les autres à table - c'est bon enfant hein - je vois Simon qui murmure un truc à l'oreille du sergent. Toujours le regard dans le vide, ou plutôt pointé en direction de la flaque qui parcoure son plateau, le faux blond fait mollement "non" de la tête.
Simon grimace. Un grand gaillard comme lui, d'habitude bonhomme et paisible, il fait une drôle de gueule comme je l'ai jamais vu en faire avant. D'abord le sergent, maintenant lui... J'aime pas ça. Y'a un truc qui flotte dans l'air, et c'est encore plus indigeste que ce qu'on sert à la station.

Un petit sourire en coin entre deux insultes à table, je vois Johann qui se tâte à l'idée de toucher ou non à sa pitance. Depuis qu'on est ici, il a bien dû perdre trois kilos, déjà qu'il est pas bien épais, je sens bien que si on reste ici il va y passer. L'a pas l'air bien réveillé non plus. Y'a pas à dire, la station BR-412, ça mine son homme. Vivement qu'on retourne en mission putain. On arrive, on dézingue ce qui gêne, et on s'offre un gueuleton après s'être enfilé quelques naïves qui ont les yeux qui brillent rien qu'en voyant l'uniforme. Putain j'ai hâte qu'on puisse enfin débarquer.

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3 Re: Rengagez-vous qu'ils disaient le Ven 30 Juin - 18:11

Si on n'avait pas autant ri à la cantine, on l'aurait fait pendant le briefing du Lieutenant. On s'est tous plus ou moins regardés quand il avait fini. À croire qu'il nous a pris pour des gosses.

- Des questions ?

L'inconscient. Il s'imagine qu'on va tous rester là à gober les conneries qu'il vient de nous régurgiter. Si c'était pour se foutre de nos gueules, l'état-major aurait pu au moins attendre qu'on ait fait la grâce matinée. Franchement...
En voilà déjà un qui lève la main. C'était sûr qu'il serait le premier à le faire.

- Lee ?

- Oui... Alors je sais pas trop par où commencer, mais... grosso merdo ce que vous venez de nous dire... c'est que trois vaisseaux de transport de passagers ont disparu au même endroit, près de la même planète et que donc... c'est les petits hommes verts qui ont fait le coup ?

Je me marre. Je suis pas le seul d'ailleurs. On n'en est pas à se taper sur les cuisses, mais c'est vrai que Lee, même pour déconner a plutôt bien résumé en substance ce qu'on venait de nous dire.

- Fermez vos gueules !

Et nous nous exécutons, car au fond, nous sommes de bons soldats. Aussi parce que faire du mitard sur BR-412 ça nous tente moyen. Quand on voit ce qu'ils servent à bouffer à ceux sur la station, j'imagine à peine à quoi on droit les prisonniers.

- Nous avons retrouvé des débris d'épaves dans l'espace. D'après les impacts, l'arme utilisée est totalement inconnue de nos services. Il est en effet envisageable qu'il s'agisse d'un tiers parti. La thèse d'une espèce alien intelligente n'est pas à négliger.
Oui Simon ?


Merde, je voulais être choisi pour en rajouter une couche. D'un coup de menton je fais signe à Lee que je compte bien surenchérir à ce qu'il vient de dire histoire de continuer à se marrer. On s'en gausse d'avance. En attendant, on va laisser Simon causer. C'est un bon gars après tout.

- Est-ce qu'il ne serait pas plutôt envisageable qu'il s'agisse d'une utilisation illégale d'un prototype d'arme développée par une entreprise privée ? Ce serait pas la première fois que Weyland-Yutani contourne des traités sur l'interdiction de développer des systèmes d'armement sans accord gouvernemental en s'installant sur des planètes colonisables qu'ils auraient repérées en premier.

C'est vrai que Simon a bossé pour Weyland-Yutani par le passé. Dans la robotique je crois. Il s'en vante jamais trop cela dit. Faut dire qu'on n'a jamais trop trop causé tous les deux, je le connais pas super bien. Mais ouais, des utilisations d'armes de destruction spatiales sur des civils, c'est pas la première fois que ça arrive, c'est pas la dernière.
On connaît la procédure. D'abord, les médias - détenus par les mêmes entreprises qui développent ces armes - vont commencer à lancer la thèse de la race alien intelligente, les gouvernements vont envoyer des pauvres pommes pour inspecter : nous, et puis une fois que leur petit manège aura été percé à jour, ils paieront une grosse amende pour pas être condamnés et ils recommenceront dans dix ans.

- Pour l'instant, il n'y a pas lieu de spéculer sur "qui" est responsable. Notre mission est d'opérer une manœuvre furtive, d'atterrir et d'arrêter ou neutraliser la cause de ces crimes. Je me suis bien fait comprendre ?

Là plus personne se marre. Qui dit manœuvre furtive dit "pod" individuel. Des capsules miniatures à piloter seul. On n'a pas été formé plus que ça à la chose, alors forcément on a un peu les boules. Faut bien ça pour passer inaperçu de tous les radars possibles et imaginables, mais y'a quand même de gros risques.

- Sur les quarante marines de la garnison, cinq iront en éclaireur sécuriser le terrain. Ils seront rejoint par vingt soldats supplémentaires une fois le périmètre sécurisé. Le reste sera à bord pour piloter l'Altesse.
Oui José ?


- Si je découvre une forme de vie extra-terrestre et qu'elle est bien roulée, est-ce que j'ai la permission de lui glisser le rameau lieutenant ?

Deux heures plus tard je faisais partie des cinq tanches sélectionnées pour servir de première vague pour atterrir sur cette connerie de planète à trois soleils. Le lieutenant étant un rancunier, Lee aussi est de la partie. Il arrive tout content en enfilant son casque et il me dit :

- Franchement, rien que pour s'être marrés, ça valait le coup non ?

Franchement ? Non.

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4 Re: Rengagez-vous qu'ils disaient le Ven 30 Juin - 18:13

- Départ dans H moins trois minutes

Je les imagine bien les ingénieurs qui ont programmé la voix robotique du module furtif. Durant une de leurs réunions, un gars a dû lancer l'idée, comme ça, à tout hasard "Et si on mettait un long compte à rebours pour bien faire mariner de trouille le pilote ?". Et va savoir pourquoi, ils ont tous pensé que c'était une excellente idée.
Me voilà dans ce putain de "pod", allongé avec juste ce qu'il faut de place pour poser les doigts sur les dizaines de boutons dont j'ignore le but de chacun, et face à moi, y'a la membrane de la coque. Elle a l'air aussi épaisse que du papier à cigarette et d'ici moins de trois minutes, ce sera la seule chose qui me séparera du vide intersidéral.

Si j'avais eu la place pour tressaillir comme il faut, j'aurais bondi en voyant un écran s'ouvrir sur cette même membrane. En gros plan, presque collé contre mon nez, j'ai droit à la gueule de Bersky. Et voilà que trois autres interfaces s'ouvrent sans que j'ai touché à rien. J'ai droit à ce plaisir de fin gourmet qu'est de savourer la gueule que fait Lee. Remarque je devrais pas m'en réjouir, je dois pas avoir l'air mieux loti.

- Départ dans H moins deux minutes et trente secondes.

- J'ai synchronisé les communications entre chacun de nos pods. Vu que vous avez juste eu droit à une seule session de simulation avec ces engins, il va de soi que vous ne touchez à rien.

Pas besoin de me le dire deux fois. J'ai trop la trouille d'appuyer sur un bouton d'autodestruction ou je ne sais quoi. D'après ce qu'en a dit le lieutenant tout à l'heure, on sera piloté depuis l'Altesse. Nous, on a juste à apprécier la vue et chier de trouille si l'envie nous dit. Le grand luxe.
Vu que les autres peuvent voir mon visage maintenant, j'essaie de retenir ma respiration du mieux que je peux, faut pas qu'ils me voient paniquer. Putain j'aurais encore préféré le mitard.
Ferme les yeux José, essaie de te détendre et vois le bon côté des choses : si jamais on se fait repérer par les gars de Weyland-Yutani ou si on s'écrase à cause d'une avarie, personne n'aura le temps de souffrir.

- On pénétrera la stratosphère chacun par un angle différent. Un fois sur la terre ferme, on devrait être séparés de plusieurs centaines de mètres chacun. C'est moi qui établirai le point de ralliement.

Il a beau donner des ordres l'autre beau blond, j'écoute pas. Tout ce que j'ai le temps de piger c'est que Lee a entendu le mot "pénétrera" et a pas fait de réflexion. Lui non plus il doit pas être dans son assiette. En dessous du visage de chacun, je peux voir le rythme cardiaque. Pour être poli je dirais que ça fluctue pas mal. On est tous morts de trouille.
Pas le sergent cela dit. Un putain de reptile en puissance celui là, pas un battement de cœur plus haut que l'autre. Si je l'avais pas déjà vu saigner par le passé, j'aurais pu croire que c'est une connerie d'homme artificiel. Mais c'est bien pire que ça : c'est Antonius Bersky, médaillé de la croix de guerre et psychopathe notoire. Ça va souvent de paire.

- Départ dans H moins deux minutes.

C'est moi ou le temps passe vachement vite ? Faut que je me calme. Pourquoi j'ai peur d'y passer après tout ? Je suis marine, j'ai pas de chez moi, plus personne qui m'attend au bercail. Bref, je suis dispensable. Et pourtant, bien qu'il n'y ait rien qui me rattache à ce foutu univers, pourquoi est-ce que j'ai tellement peur de mourir ?

- C'est pour moi que ton petit cœur bat comme ça mon mignon ?

J'ouvre les yeux. Le sergent sourit, là y'a pas d'obscurité pour le dissimuler. Son petit air narquois je lui ferais volontiers bouffer sur le champ mais les pods sont scellés depuis l'extérieur. "À la japonaise" comme dirait Johann. J'entendrais presque sa voix monocorde me le dire, perché juste à côté de moi. Ce que ce gars peut être sinistre. Me demande si lui aussi il serait paniqué à ma place.

- Naaaa, c'est juste parce que j'avais piscine juste avant sergent.

Des trois autres, y'a que Lee qui sourit à ma réponse. Et encore, si peu. Personne n'est d'humeur à plaisanter. Pas moyen de briser la glace, pas moyen de briser cette putain de coque qui me sépare du hangar où je pourrais être bien à l'abri. Chienne de vie.

- Départ dans H moins une minute.

Bientôt le compte à rebours final. Essayons de penser à autre chose ; après tout "a mort est plus aisée à supporter sans y penser que la pensée de la mort sans péril.". C'est Pascal qui disait ça. Ça doit être quand même plus confortable d'être philosophe que marine. Je me demande combien il touchait par mois lui. L'armée, c'est une solde de misère, juste de quoi te laisser vivre pour te passer l'envie de crever. Au fond, c'est pas que j'ai peur d'y rester, mais j'ai pas envie de crever juste parce qu'une bande de peigne-culs en costards ont décidé de créer des armes pour compenser l'absence de gros calibre dans leur falzar.

- Départ dans H moins dix secondes.

Comment tu veux penser à autre chose quand cette voix de connasse te rappelle l'heure à laquelle tu vas y passer ?

- Neuf.

Ils étaient obligés de lui donner une voix aussi froide, aussi oppressante ?

- Huit.

Si j'avais bossé dans la boîte qui a conçu l'I.A, j'aurais donné une voix marrante à la place.

- Sept.

Une voix de mec en fait.

- Six.

C'est pas que je suis sexiste, m'enfin j'aime pas qu'une bonne femme gère ma vie.

- Cinq.

Peut-être la voix d'un comédien.

- Quatre.

Ça fait si longtemps que j'ai pas vu de comédie.

- Trois.

À bien y réfléchir, ça fait longtemps que j'ai pas regardé un film.

- Deux.

Bon sang, qu'est-ce que je fous de ma vie...?

- Un.

Peu importe après tout.

- Zéro.

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5 Re: Rengagez-vous qu'ils disaient le Ven 30 Juin - 18:13

C'est moite, c'est chaud, c'est gluant. Merde, dans quoi est-ce que je patauge ? Je patauge pas en fait, j'émerge. Dur dur d'avoir les yeux en face des trous. Y'a pas à dire, j'ai été méchamment secoué.
On étouffe là-dedans. De l'air, me faut de l'air, c'est vital. Inutile de me demander pourquoi je suis trempé. Si je peux pas reconnaître au toucher, mon odorat se charge de me rappeler que je viens de me gerber dessus. Ça aurait pu être pire j'imagine.

Chaque mouvement que je fais avec le bras est une torture. Rien de cassé à priori, mais je dois être couvert d'hématomes. Au moins ça prouve que je suis vivant. Quand l'écran s'allume à nouveau, je sursaute pour mieux me cogner le crâne contre la coque. Putain comme si j'avais besoin d'une bosse en plus.
C'est le sergent. Sa petite gueule d'ange en a pris un coup elle aussi, il s'est esquinté au niveau de la lèvre. Pour une fois que les sous-off trinquent au même titre que la piétaille, moi je dis, y'a une justice.

- José, où t'es ?

Où il veut que je sois ?

- Toujours dans mon pod sergent. J'arrive pas à en sortir.

J'y arrive pas parce que j'ai pas trop cherché à savoir comment faire. Avec tous les boutons sous mon nez, si j'appuie sur le mauvais, c'est un coup à me retrouver encore propulsé dans l'hyper-espace. Non merci.

- Non je veux dire, où tu es sur la carte ? La balise de détection de ton pod a sûrement été endommagée, je peux pas te repérer. Sinon pour sortir, il faut déverrouiller les deux poignées à ta droite et à ta gauche.

Génial. Non seulement je suis cabossé de partout mais en plus je suis parti pour finir à camper en solitaire sur une planète que je connais pas. Tout ce que je sais du briefing c'est qu'il y a de la végétation, donc sûrement de la vie, et que l'air est respirable. Leur en faut pas plus à l'état-major pour nous envoyer au turbin.
Un nouvel écran s'affiche. Sur le coup, j'ai pas réussi à me retenir de rire, le sergent a même pas cherché à dissimuler son sourire mesquin non plus. Lee a vraiment une drôle de gueule avec son nez cassé, mais le plus marrant - même si y'a vraiment pas de quoi rire - c'est qu'il lui manque une incisive à ce con. On rigole avec ce qu'on peut. En tout cas maintenant je relativise sur mon cas, ça aurait pu être pire.

C'est ça, marre-toi....

- Rien de cassé ?

- Le nez, vous devez sûrement le voir, mais à part ça, dans l'ensemble je tiens bon. Par contre mon pod est mort de chez mort, pareil pour celui de Giles, on s'est heurtés dans la descente.

Pas que les leurs de pétés à mon avis. Je doute qu'un de ces engins puisse à nouveau nous amener où que ce soit. Cette mission pue la merde du début à la fin. Quand ça commence comme ça, c'est que rien ne va aller comme on l'espère.
Giles apparaît à son tour. Il a l'air en meilleur état. Lui aussi il s'est gerbé dessus, l'honneur est sauf.

- Impossible d'établir le contact avec l'Altesse. Y'a un champ magnétique qui doit interférer.

- Une idée sur le pourquoi de nos atterrissages manqués ?

Qu'est-ce que ça peut faire à ce point ? On a perdu le contact, c'est à dire qu'on en a au moins pour dix-sept jours avant qu'on nous envoie les renforts. Si on rajoute à ça le temps qu'ils s'occupent sérieusement des préparatifs d'atterrissage, on en a sûrement pour un bon mois d'ici à ce qu'on puisse se tirer d'ici.
Giles pianote sur son tableau de bord, il sursaute quand ça fait des étincelles, nous aussi et enfin on connaît le fin mot de l'histoire.

- Les mécanos ont programmé nos modules en fonction d'une gravité par défaut. C'est à dire terrienne. Ici, la pesanteur est plus légère.

- Je vois...

- Mais quels cons c'est pas possible !

Gilles soupire en essuyant ses lunettes. Au fond il se montre sobre, mais de nous tous c'est sûrement lui que ça doit faire le plus chier ce genre d'incompétence.

- Ça nous a déséquilibré juste ce qu'il faut quand on a pénétré l'atmosphère. C'est un miracle qu'on soit en vie. Une variation de la pesanteur un peu plus prononcée et on s'écrasait tous.

Bon à savoir. En parlant de "tous", on n'est que quatre sur le réseau de communication interpod.

- Et Zyad ?

Silence pesant. On l'avait tous oublié celui-là à force de s'estimer heureux de s'en être sortis. Je vais pas leur jeter a pierre, moi aussi il m'était sorti de la tête. Bersky s'empresse de tapoter sur ses touches. Pas d'étincelles de son côté. Alors qu'on attend tous après lui pour savoir à quoi s'en tenir, il se saisit de son menton d'une main en retenant une grimace.

- Localisé. Il est pas mal éloigné de nous, ça expliquerait pourquoi il arrive pas à nous contacter.

- Pas mal éloigné comment ?

Lee s'essuie encore une fois le sang qu'il a sous le nez. Ça a l'air d'enfin s'arrêter de pisser. On sent bien que le sergent a pas trop envie de nous répondre, mais il sait bien que ça servirait à rien de nous le cacher.

- Trente-trois kilomètres au Sud-Ouest de ma position.

Ça nous glace. Moi surtout. Parce que dans l'affaire, je sais pas non plus à quelle distance je me trouve des trois autres. Je recherche pas spécialement le contact humain, mais paumé en territoire inconnu, j'aime encore quand je croise des têtes familières. Personne a le temps de dire quoi que ce soit pour Zyad que le sergent reprend les choses en main.

- Giles, Lee.

Les deux lèvent la tête, ils se mettraient presque au garde à vous s'ils avaient la place.

- Vous bougez pas de là où vous êtes, je vous rejoins. José, tu ne te déplaces pas. Une fois la nuit tombée, on lancera un signal de détresse pour que tu nous localises.

Une fois la nuit tombée ? Je sourcille.

- Elle a pas trois soleil cette putain de planète ?

Il m'arrive de faire attention aux détails.

- Effectivement, mais ils sont assez proches les uns des autres, ça nous fait des journées de vingt-deux heures et des nuits de quatre heures. Tu tiendras ?

Je fais oui de la tête. Difficile de cacher mon inquiétude, mais on ne peut pas faire grand chose de plus. Zyad est quelque part, isolé. Si lui doit supporter l'idée d'être seul au monde, je peux bien prendre mon mal en patience.

- Un peu qu'il tiendra. Il a sa poupée gonflable pour passer le temps en plus !

Ma poupée gonflable ? Merde, j'avais carrément oublié que j'avais apporté mon synthétique artisanal. C'est que je roule ma bosse en bricolage bio-mécanique, faut pas croire. J'ai pas les diplômes, tout ce que je fais c'est plus ou moins reproduire à ma sauce des hommes synthétiques que j'ai démonté. C'est un peu salissant, mais une fois qu'on a chopé le coup de main ça peut être utile. D'ailleurs Rob nous a été déjà pas mal utile en mission pour les reconnaissances.
Faudrait voir s'il a pas été trop abîmé dans la chute, déjà qu'il y avait à peine assez de place pour transporter des marchandises, j'espère qu'il a pas trop morflé.

- Bon, je prépare mes affaires et mes provisions et je vous rejoins. Tout le monde garde la communication interpod activée.

Et son écran s'éteint sur ce dernier ordre.
Tenir jusqu'à la nuit. Tout ce que j'ai à faire, c'est rester immobile. C'est dans mes cordes.

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6 Re: Rengagez-vous qu'ils disaient le Ven 30 Juin - 18:14

- CRzZaJjiiI NEeEvLlOoRZzZ TzzZats

Y'a du mieux. Au moins il arrive à émettre des sons. Dans l'affaire j'ai pas été le seul à avoir été chahuté par la chute libre, mon pauvre Rob en a pris un coup aussi, il en a même perdu ses mots. Littéralement. Dire que je me vantais d'avoir programmé pas moins de cent langues dans son processeur. J'aurais pas dû l'emmener, je vais en avoir pour des dizaines d'heures de réparation si je veux récupérer tout ce que j'avais paramétré jusque là.

- IchZzZ WüRZzZde EinzZ ApfelsZZzaft Bitte.

- Tu peux pas me causer dans ma langue non ?

Bon c'est moins grave que ce que j'avais cru, c'est surtout une affaire de coordination nerveuse en inadéquation avec le reste des circuits. Rien qu'un petit fer à souder des familles ne saurait guérir. Le plus chiant dans l'affaire c'est encore d'éloigner ces moustiques qui volent au dessus du crâne ouvert de mon très cher Rob.
Des moustiques ? Donc il y a bien de la vie dans le coin. Pas de signe de civilisation cela dit, aucune forme de vie intelligente, j'en demande pas plus. On va réessayer.

- Enchanté.

Comment ça enchanté ? Mince, je m'étais pas imaginé que la mémoire concrète était atteinte, j'ai vu aucun signe de lésion. Tant pis. Du moment qu'il obéisse et qu'il reste d'intelligence médiocre, là non plus, j'en demande pas plus.
À ne vouloir ni forme de vie organique ni synthétique qui soit intelligente, je vais finir par croire que j'ai un sérieux complexe d'infériorité. Suffira de programmer quelques notions de psychologie à Rob pour me faire une petite thérapie, en attendant on va refermer son crâne avant que son hémoglobine artificielle ne macère au soleil.

Qu'est-ce qu'il fait chaud putain. Je m'en rends compte que maintenant, mais je sue à grosses gouttes. Vu que je peux pas m'éloigner du pod, aucun moyen d'être à l'ombre. Je vois bien qu'à deux-cent mètres à l'Est - enfin ce que je pense être l'Est - il y a un forêt dense, du genre tropical. Mais là où je suis, que du relief avec des gros rochers bien gris. C'est pas très gai comme paysage, mais on a une jolie vue sur l'immense montagne dont j'arrive même pas à estimer la taille tellement elle est énorme. Si c'est bien des types de Weyland-Yutani qui sont ici, c'est sûrement là-haut qu'ils sont planqués. Bersky a pas intérêt de se mettre dans l'idée de continuer la mission à cinq - enfin à quatre - parce que son excursion montagneuse il peut d'avance se la mettre au cul.

- Rob, connecte-toi à la console vidéo.

- Qui est Rob ?

Ah oui c'est vrai, aucune mémoire. Tous nos bons moment passés ensemble envolés, ça me fend le cœur. Du moment que ses autres fonctionnalités sont intactes, j'y survivrai.

- Tu es Rob. Connecte-toi à la console vidéo.

Le voilà qui balaie du regard les environs.

- Il va pleuvoir.

C'est vrai qu'il était comme ça au début à ignorer une phrase sur deux. Il comprend pas quand ça lui est adressé la plupart du temps, il faut un contact visuel. Qu'est-ce que ça peut me faire franchement qu'il s'apprête à pleuvoir ?
En fait si, ça m'importe pas mal quand on y réfléchit.

- Pluie acide ?

- Pluie...... conforme aux standards de la planète terre.

Ses fichiers informatifs sont intacts visiblement, il a encore toutes les références que je lui avais programmées.
Il n'empêche. Une planète avec une végétation correcte, une atmosphère qui ne nécessite même pas qu'on recycle l'oxygène, et des intempéries tout ce qu'il y a de plus banal, ça ressemble plus à un décors de rêve pour installer des colons qu'autre chose. Qu'est-ce qu'ils foutaient dans le coin les trois vaisseaux de transport qui ont été dézingués ? Peut-être que je me fais des idées, mais je sens que les ramifications sont encore plus profondes que ce à quoi je pensais au début.

C'est fou comme on passe vite du jour à la nuit. La rotation de la planète doit être plus rapide que sur terre. Bientôt il fera nuit noire.
J'ai beau ne pas être un gosse, mais c'est pas franchement rassurant comme paysage une fois qu'on est bon pour s'éclairer à la bougie. Maintenant qu'il fait plus frais, je retourne dans mon pod. Une fois que j'ai refermé la coque supérieure, je jette un œil aux écrans de communication. Personne.
Tout ce que je sais, c'est que le sergent a réussi à rejoindre les deux autres. Mais depuis, pas de nouvelle, ils sont partis fissa monter le camp. Pas envie d'attendre après eux.

- Oh ! Y'a quelqu'un qui m'entend ?

Lee saute quasi instantanément dans son cockpit pour me répondre. Celui là, il perd jamais une occasion de glander. Il a l'air malin avec sa compresse sur le nez et sa dents en moins.

- On se sent seul ?

- On se fait chier surtout. Vous attendez quoi pour balancer la fusée de détresse ?

Il sort de son pod aussi vite qu'il y est entré, j'entends en bruit de fond qu'il discute, sûrement avec le sergent, et puis il revient tout guilleret. Y'a pas à dire, il s'en est bien remis de son accident.

- Bersky t'avait oublié. On va tirer dans une minute précisément, regarde bien autour de toi.

- Reçu.

Et à mon tour je m'empresse de quitter le pod. Oublié par son propre sergent, il est beau le corps des marines. Si j'avais été un peu plus à son goût, peut-être bien qu'il aurait remué ciel et terre pour me retrouver. C'est ça au fond le drame chez Zyad et moi, on n'est pas suffisamment jolis garçons pour que la hiérarchie se soucie de nous.
Je compte les secondes tellement je suis pressé de décarrer de mon tas de cailloux.

- Enchanté.

Enchanté ? C'est à moi qu'il parle ? Non. Rob a la tête levée en direction des rochers en amont. Sans même réfléchir, je me retourne et... c'était juste un instant, je sais que je l'ai vu, il y avait une ombre. Je saurais pas dire ce que c'était, mais c'était massif et ça a filé dès que Rob l'a repéré.
Ça peut pas être Zyad. Zyad, il fait tout juste un mètre quatre-vingt, mais ça... Ça dépassait de loin les deux-mètres. Y'a peut-être pas de forme de vie intelligente ici, ça n'empêche pas qu'il y ait des prédateurs. Maousse le prédateur.

Je porte ma main à mon holster. Rien. Oh le con, j'ai laissé mon flingue avec le fusil à impulsion dans le pod. Si ce truc m'était tombé dessus j'aurais été marron. Merde, voilà que je tremble. Calme-toi José. Quoi que ce soit, c'est parti. J'ai beau essayer de me persuader, je regarde partout autour de moi, prêt à ce qu'une saloperie surgisse et...

BANG !

Merde ! Une attaque. J'ai direct plongé sur le sol, je rampe jusqu'à mon pod comme un forcené et là, je vois une lueur rouge. Qu'est-ce que....
La fusée de détresse. C'était juste la fusée de détresse. Ces cons étaient moins loin que je ne l'aurais cru. Putain la trouille. Affalé que je suis sur mon pod, je dois avoir l'air bien con. Je suis tellement soulagé que je me marre. Tu parles d'un soldat, heureusement que personne m'observe.
Le temps de dire aux autres que j'ai capté leur signal et on est partis après que Rob ait porté toutes les rations qu'on transportait.

- Ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha-ha.

Là encore, je manque de me pisser dessus. C'est tout prêt, j'ai presque l'impression que c'était à un mètre de moi. Un rire glaçant, rauque, sans enthousiasme, sans sentiment, juste... mimé, comme... comme reproduit par un robot... Je me retourne et je prends bien soin de capter le regard de ce con de Rob.

- Arrête de copier mon rire.

Il répond pas. Est-ce qu'il a vraiment compris ce que je viens de lui dire ? On dirait pas avec sa gueule placide. C'est ma faute ça aussi, j'ai insisté pour ne pas paramétrer les capteurs d'expressions faciales. Je déteste qu'un synthétique ait l'air trop humain.
Sur ce, on reprend notre marche. Cette voix tout de même... C'est à se demander si les cordes vocales de Rob n'ont pas été abîmées.

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7 Re: Rengagez-vous qu'ils disaient le Ven 30 Juin - 18:14

Soi disant que j'aurais rien foutu de la journée, me voilà bombardé préposé à la surveillance nocturne pour six heures le temps que ces messieurs se reposent. Quand je suis arrivé au camp, j'ai pas vraiment eu l'impression qu'ils aient tous trimé à s'en déchirer les ligaments. Les tentes étaient montées - c'est facile ça se fait automatiquement - nos vivres entreposés, les chiottes chimiques sur place et ça y'est, la première étape de notre civilisation est achevée.
C'est sûr, je m'attendais pas à un hôtel quatre étoiles gonflable, mais bon, ça fait précaire, limite négligé. S'il y a des habitants sur cette planète, pour quoi on va passer à leurs yeux je me le demande. On fait plus manouches que marines.

Combien de fois j'ai bien pu bailler depuis que j'ai entamé mon tour de garde ? Enfin, tour de garde, c'est vite dit. Là je suis surtout occupé à calibrer Rob avec la console vidéo, j'ai pas eu le temps tout à l'heure. Une fois que ça sera fait, on s'ôtera une belle épine du cul à ne plus avoir à faire les missions de reconnaissance nous-même. Une grosse télécommande reliée par ondes radio au canal cybernétique sensoriel de mon bon Rob. De quoi le guider à distance et de voir ce qu'il voit et d'entendre ce qu'il entend. Ça a l'air vraiment con comme ça, mais depuis qu'on s'évertue à donner des droits aux synthétiques, ce genre de pratique est interdite auhourd'hui.
Les sénateurs qui ont voté pour la loi de protection robotique n'ont qu'à aller faire les missions de patrouille à notre place. Devant une crevasse bien étroite et sombre où on entend des grognements, quelque chose me dit qu'ils réviseraient leur jugement ces gros cons. Encore bien ceux qui font les lois qui en connaissent le moins sur l'univers qui les entoure.

Ça y'est, les connexions sont établies. Je vais pouvoir déléguer mon fardeau à cette saloperie de synthétique. C'est bien pour ça qu'on les a conçus à la base, pas pour avoir des droits ou je ne sais quelle connerie.

- Rob, dirige-toi aux coordonnées....

Me faut ma boussole numérique pour pas raconter de bêtise, sinon c'est un coup à le récupérer au fond d'un étang.

- Latitude 116 longitude 67.

Soit à un kilomètre de là où on est. Je veux m'assurer qu'il n'y ait aucun problème au niveau de la propagation des ondes quelque soit la distance. Et raid comme un piquet, Rob entame sa marche dans l'obscurité. Au bout d'à peine vingt mètres je l'ai perdu de vue.

- Passe en vision infrarouge.

Voilà qui est mieux pour que je puisse voir ce qui se trouve devant lui. Des cailloux, des cailloux, des cailloux. Y'a des sortes de petits rongeurs, mais à part ça, rien qui ne soit susceptible de nous attaquer cette nuit. Quand j'y repense, je dis que j'ai vu un truc tout à l'heure, mais je suis pas sûr en fait. Ça pouvait bien être une sorte de dilatation de l'air dû à la chaleur, on aurait dit un mirage en fait. C'était surement un mirage. Ou alors je me dis ça pour me rassurer. Je sais pas, je suis fatigué.
Tiens, y'a une bestiole qui lui colle au cul pas très loin. C'est plus gros que les mulots, on dirait grosse araignée.
Elle croit que Rob la voit pas à rester planquée derrière les rochers comme ça. Sale bête. J'espère qu'une de ces saloperies rôde pas autour du camp. Suffit de dire à Rob de revenir histoire de s'en assurer.

- Tu peux revenir Rob.

Non il peut pas. Mais alors là pas du tout. Comment on a loupé ça ? À peine il a fait demi-tour qu'il se retrouve nez à nez avec une bête.... Je sais pas ce que c'est mais c'est hostile. On dirait une hyène avec des pieux dans le dos, ça grogne, ça grogne tellement que le son émis de la console a réveillé les autres. Putain mais c'est quoi ça ?

- José c'est quoi ce bruit ?!

Giles a remis ses lunettes à la hâte en sortant de sa tente, de son côté le sergent a limite bondi de la sienne avec la sulfateuse. Chacun ses priorités. Lee ? Il gueule en demandant de faire moins de bruit. Qu'est-ce qu'il fout chez les marines franchement.
La vraie question c'est qu'est-ce que cette bête fout après Rob ? Avec l'infrarouge, ce que je vois est pas clair, ou dirait qu'un truc a sauté à la gueule de la bestiole. Elle se roule par terre en cherchant à se débattre, je sais pas ce qu'il se passe, tout ce que je sais c'est qu'une occasion pareille on n'en aura pas deux.

- Rob, cours jusqu'au campement !

Il est pas contrariant Rob, il obéit. Le souci quand on enlève les modules de réflexion aux synthétiques c'est qu'ils sont désemparés face aux menaces. Je lui aurais rien dit qu'il se serait laissé bouffer poliment.
En même pas deux minutes il nous a rejoint. Au loin, on entend cette bête qui crie. C'est pas de la rage, c'est la hargne du condamné. Elle gueule, elle hurle et puis d'un coup... plus rien. Je sais pas ce qui l'a attaqué, mais c'était bien plus petit et ça a eu raison de lui. Voilà que je repense à la grosse araignée que je voyais aux infrarouges juste avant. Peut-être que c'était ça... C'est pas une faune qu'il y a sur cette planète, c'est un répertoire de nos pires cauchemars.

Au silence de la bête s'en succède au autre, le nôtre. Au moins maintenant on sait à quoi s'en tenir, on est en territoire hostile. Je repense à Zyad qui est tout seul. Putain...

- Giles, va dire à Lee de se lever en vitesse. On va tous monter la garde jusqu'à l'aube. Demain, on va aller établir le campement du côté de la montagne. Un peu plus en amont il devrait y avoir moins de prédateurs et il y'aura certainement moins d'angles morts qu'ici.

Bersky reste imperturbable alors que Giles regarde encore hagard en direction de là où on a entendu les cris de cette satané bestiole.

- Giles !

- Euh... oui sergent.

Ça nous a tous remué cette histoire. Bersky est pas aussi imperturbable qu'il veut le faire croire. Je l'ai entendu marmonner un truc alors qu'il essuyait une goutte de sueur qui venait de lui perler du front au menton. Est-ce qu'il a bien dit "Elle est bien tombée ici" ? Je sais pas ce que c'est que cette histoire, mais si maintenant il est question de gonzesse, je démissionne sur le champ. On a assez d'emmerdes comme ça.

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8 Re: Rengagez-vous qu'ils disaient le Ven 30 Juin - 18:15

Le soleil se lève. Suivi d'un deuxième. J'ai les yeux qui piquent et je suis probablement pas le seul. Pas un seul parmi nous quatre a pu fermer l'œil de la nuit, devoir oblige. Ça tenait plus en réalité de l'impératif de survie que du devoir, mais ça fait moins professionnel de dire ça.
Rien à signaler de toute la nuit. Évidemment je sais bien que le manque de sommeil ça aiguise la paranoïa, mais c'est louche cette histoire. Pas une brise, pas un oiseau qui piaffe, rien.
Personne sait quelle heure il est. On s'est pas échangé un mot de toute la nuit. Le sergent a même pas eu à demander à l'un d'entre nous de rester éveiller, on était trop sur les nerfs.

- Remballez le matériel, vous avez dix minutes. On va plein Sud.

Plein Sud. C'est un beau projet sur le papier. Ça l'est d'autant moins quand on sait qu'on aura chacun vingt kilos de paquetage sur le dos et que la route jusqu'à la montagne promet d'être longue. À vue de nez ? Je dirais vingt kilomètres et Bersky a l'air pas mal décidé à ce qu'on se tape toute la trotte dans la journée. Pas de pause pique-nique en chemin, ça, on l'a tous bien compris.
Pendant qu'on range, il sort une petite cylindrique de la poche et de dedans il en ressort une toute petite friandise qu'il gobe aussi sec.
Je croise le regard de Lee qui a vu la même chose que moi.

- Ça tu peux être sûr que c'est pas des cachous.

Des médocs ? C'est vrai qu'il est toujours si calme, si serein. Aux entraînements, on avait mesuré le palpitant de chacun pendant l'effort. Rien à faire avec lui, c'est soixante battements par minute, pas un de plus, pas un de moins. Je comprends mieux maintenant que je sais qu'il y a de la chimie derrière tout ça.
Lee a terminé de remballer les tentes, il se passe la main sur les joues une fois de plus. Lui qui aime être rasé de près au petit matin, ça l'emmerde bien de changer ses petites habitudes. En passant à côté de moi, l'air de rien, il continue de me chuchoter le fond de sa pensée.

- Une fois qu'il sera à court, comment tu crois que ça va se passer ?

J'ai bien compris qu'il me posait la question en connaissant la réponse. Si comme on le pense, notre petit périple seuls dure entre dix-sept et trente jours, y'a des risques qu'il finisse en manque. Rien que pour voir le sergent perdre ses moyens une fois dans sa vie, ça vaudrait le coup d'œil.
Tout le monde a fini de se préparer. Avec toutes mes courbatures de la veille qui subsistent, je sens bien que l'escapade va pas être une partie de plaisir.

- Je mène la marche, Lee, tu clôtures. Giles tu couvres le flanc droit et José le gauche. Trois mètres entre chacun d'entre nous, Rob au centre.

- Trois mètres ?

D'ici à la montagne, y'a que de la caillasse, quasiment aucune végétation, aucun angle mort apparent. Pourquoi on s'emmerderait à rester aussi rapprochés ? Plus on couvre de terrain mieux c'est.
Bersky me répond pas et il regarde par terre. Qu'est-ce qu'on est censés voir ? Des cailloux. Je vois guère que ça.

- Sous chaque roche il y a assez d'espace pour s'embusquer. Si j'étais chargé de m'occuper d'une escouade, ce serait le lieu rêvé pour les buter un à un sans qu'ils aient le temps de réagir.

Sèchement, il rajoute :

- Trois mètres.

Bon. C'est lui le sergent après tout. Que le calvaire commence.



***



Bon prince, le sergent nous a laissé cinq minutes de récréation le temps de boire un coup. On a tous l'estomac dans les talons, mais il insiste pour qu'on ne mange rien. De la merde hyper-protéiné, tu parles d'un repas de roi, et on n'y a même pas droit. Personne ne le dit, mais tout le monde le sait : si Bersky est aussi tatillon sur la bouffe, c'est qu'il se doute qu'on est là pour un moment.

- On est bientôt arrivés ?

Je sais pas si c'est les nerfs ou le manque de sommeil, mais j'ai pas pu m'empêcher de rire un court instant, pareil pour Giles. À vue de nez on a peut-être fait la moitié du chemin. Mais c'est encore la seconde moitié qui nous coûtera le plus. Deux soleils pour le prix d'un, pas une seconde de sommeil, la panse qui crie famine ; on va la sentir passer notre excursion. On morfle déjà de toute façon.
Tout ce qui me donne du courage à l'heure-ci, c'est le souvenir du cri qu'on a entendu hier dans la nuit. C'est le genre de truc qui te ferait avancer même si tu te retrouvais cul-de-jatte. J'ai manqué de bondir quand Giles m'a mis la main sur l'épaule. Il peut pas se manifester autrement non ?

- T'as vraiment équipé ton bestiau avec des capteurs solaires ?

Mon bestiau ? Ah Rob. Je fais "oui" de la tête lentement pendant que je réfléchis. Avec deux soleils ses batteries doivent déborder.

- Il peut stocker quelle quantité d'énergie ?

Bonne question. Pourquoi il gaspille ses forces à me faire la causette ? On se connaît pas tant que ça lui et moi. C'est quoi le projet Giles ? Mais à bien le regarder, c'est pas par courtoisie qu'il demande. Il a une idée derrière la tête. Ça se confirme quand je lui dis qu'on approche des dix kilowatts.

Et juste en me disant "merci" il me laisse cuver ma gourde pour retourner à son paquetage et en sortir un carnet qu'il feuillette en survolant chaque page.

- Range ça, on est repartis.

Discipliné, il obéit sur le champ mais il va ensuite discuter avec Bersky qui l'écoute plutôt que de l'envoyer chier comme il le ferait habituellement. Les bras croisés, le sergent réfléchit.

- On verra ça quand on aura établi le campement.

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9 Re: Rengagez-vous qu'ils disaient le Ven 30 Juin - 18:15

- C'est pas tous les jours qu'on voit ça.

Non, effectivement Lee, ce n'est pas tous les jours qu'on observe les carcasses de trois vaisseaux agglutinées les unes à côté des autres. Merci de nous le faire remarquer. Ce n'est pas non plus tous les jours qu'on se retrouve sur une planète à la faune manifestement hostile, à essayer de survivre, le tout en profitant au passage d'une chaleur caniculaire. Moi qui pensais que ce serait mes blessures qui me mineraient à force de crouler sous le poids de l'équipement que je porte, j'avais sous-estimé ces deux foutus soleils qui collaborent avec zèle pour nous crever peu à peu.
Sur ce parcours rocailleux, outre les quelques passages tortueux où l'on manque de s'y péter les chevilles, il n'y a pas un arbre, pas même l'esquisse d'une zone d'ombre. Pour ne rien arranger, Bersky insiste encore et toujours pour qu'on n'entame pas nos vivres. C'est un bon gestionnaire de marchandises le sergent, j'aimerais pouvoir en dire autant concernant la gestion de ses hommes.

- Sortez vos cribleurs, on part inspecter.

Pourquoi pas après tout ? On est à bout de souffle, tiraillés entre le sommeil, la douleur et la soif, mais on va se permettre un détour sur notre itinéraire. On obéit. Mollement cela dit. De nos démarches pataudes, nos gueules creusées par la fatigue, on s'en va en aval là où a terre est légèrement rouge et craquelées pour nous adonner à de la spéléologie. Y'a pas de petit plaisir qui tienne.
Giles me demande si je trouve que la première épave ressemble à un vaisseau cargo. Les deux autres, j'ai aucun doute sur la question, mais celle-là, je sais très bien ce que c'est. On s'était tapés une mission d'escorte il y a de cela quelques années. Une escorte de prisonniers. Pas de toute, la structure du vaisseau - enfin ce qu'il en reste - la teinte de la coque, la quasi absence de vitres, c'est un vaisseau de transport de prisonniers.

- Bien notre veine ça. Comme si les saloperies qui pullulent dans le coin sont pas suffisantes. J'espère bien qu'il n'y a pas de rescapés.

Lee se tait quand le sergent lui demande de la fermer. Sur la terre battue, là où chaque pas soulève un épais nuage de poussière, on scrute le sol sans rien dire. Y'a des traces de semelles. Plein. Et pas que...

- Bon sang....

Giles se serait bien arrêté pour qu'on discute un peu des empreintes qu'on vient de trouver, mais maintenant qu'on est aussi proches de la carcasse sombre, ni moi ni personne ne lui prêtons attention. On est tous sur le qui-vive. Ces empreintes... j'ose même plus les regarder. C'était... c'était des traces de mains et et des traces de pied - enfin je crois - mais... peu importe à quel genre de créature ça pouvait appartenir, ça devait de loin dépasser les deux mètres et le double quintal.
Y'a pas de sang cela dit. Des traces de tumulte, de lutte, mais pas une goutte de sang.

- Allumez les torches.

Comme si on allait y aller à l'aveuglette. Parfois Bersky donne des ordres juste pour rappeler qui est le chef. On lui aurait bien fait la remarque, mais on n'ose pas faire de bruit. Pourtant, chaque fois qu'on effleure le sol de l'épave, un acier où chaque pas résonne sur plusieurs dizaines de mètres, du bruit, on en fait. Mais on n'ose pas en rajouter.
Depuis qu'on est arrivés sur cette planète, on n'est plus rien d'autre que des gosses apeurés. C'est pas tant l'adversité qui nous accable, c'est la pression. Quelque part, partout autour de nous, à chaque instant, on ne le sent pas mais on le sait : il y a quelque chose qui nous observe. C'en est insoutenable. S'isoler un peu plus dans l'obscurité n'arrange rien à l'affaire.

- Halte.

Giles ferme la marche, ses lunettes arrêtent pas de lui glisser du nez à cause de la sueur. Tête penchée sur son détecteur de mouvement dont il a coupé le son, on voit à son regard tremblant qu'il a localisé une masse mouvante. Bersky s'est retourné un instant pour prendre compte de la situation. Lui aussi il sue, pas juste à cause de la chaleur. Avec son petit sourire en coin, on peut voir qu'il cherche à dissimuler sa peur. Le voir dans cet état, ça nous fait un choc. De nous quatre c'est encore lui qui a le plus de sang-froid, et même si ça ne s'est vu qu'un instant, y'a un fond de trouille dans son regard d'habitude si implacable.

- À... à quinze mètres sur la gauche. Deux signaux collés l'uns à l'autre. Ils ne bougent plus.

On prie tous pour un dysfonctionnement du détecteur. Mais pour le meilleur et pour le pire, ces saloperies sont infaillibles. D'un signe de tête, Bersky me fait comprendre qu'il faut que je m'approche. On est devant d'une cellule à la porte close. Il se place à la gauche, moi à la droite. Mon cribleur à bout de bras, je fouille dans les poches de ma veste pour sortir une charge miniaturisée que je place au niveau de la serrure après l'avoir activée.
Tout le monde détourne le regard un instant, l'instant que ça pète. L'explosion est très centralisée, c'est fait pour, mais putain quel boucan. Bersky est sûrement aussi sourd que moi à l'instant, mais sans se concerter, on fout un coup de pied dans la porte et on braque nos calibres. Quoi que ce soit là-dedans, ça résistera pas à du 22mm ou de la balle vrillée.

J'ai pas eu le temps d'entrer que je me reçois quelque chose dans la gueule. Quoi que ce soit là-dedans c'est hostile. Mais tout hostile que ce soit, ce qu'on ma jeté au visage pesait pas trop lourd, je chute plus à cause de la surprise que du contrecoup.

- Mains derrière la tête ! Face contre terre ! Trois secondes ! Deux ! Une !

Derrière moi, y'a Giles et Lee qui s'approchent, vu que leur cribleur est pointé vers le sol, c'est que ce qu'on vient de découvrir à l'intérieur doit pas être bien folichon. Je vais pas m'en plaindre. D'une main, je m'empare de ce que je me suis pris dans les gencives quand la porte s'est ouverte. À peine j'ai placé le truc devant la torche de Giles pour l'identifier que je me relève aussi sec. Putain c'était une tête. Mon rythme cardiaque s'accélère, ma respiration aussi, et là, je sens ce que Bersky a senti dès qu'il est entré dans la cellule. Ça pue la charogne. Ça pue tellement que je me mets à gerber à vide - longtemps qu'on n'a pas becté - bavant une salive visqueuse qui me sort tout droit de l'œsophage. Et sur quoi je bave ? Deux cadavres putréfiés, démembrés même. C'est la tête d'une de ces merde que je me suis prise.
Moi le cribleur, je le garde pas pointé vers le sol, et d'un demi tour soudain, je le braque en direction de ce que vise Bersky. Putain. Quand je disais qu'il manquait plus que des gonzesses pour que le calvaire soit complet, voilà qu'on tombe sur deux survivantes d'un convoi de prisonnières.

- Putain c'est pas possible...

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